CNOSF
Commission olympique
Los Angeles 2028
Rapport d'étonnement · Diffusion restreinte

Rapport
d'étonnement
Los Angeles

Juin 2026 5 jours à San Francisco · 5 jours à Los Angeles — à deux ans des Jeux

Une conviction au retour : Los Angeles offre à la France une opportunité exceptionnelle — à condition de ne pas se laisser porter par l'enthousiasme. LA28 ne se gagnera pas en 2028, mais maintenant.

De

Stéphane Nomis
Co-président de la Commission olympique LA28 · Président de France Judo

À

Amélie Oudéa-Castéra
Présidente du CNOSF

Objet

Constats & recommandations à l'issue d'un déplacement de repérage à Los Angeles

5+5jours à San Francisco
& à Los Angeles
7sites visités & rencontres clés
765jours avant la cérémonie d'ouverture
7recommandations au CNOSF
01Contexte du déplacement

J'ai consacré dix jours à la côte Ouest — cinq jours à San Francisco, puis cinq jours à Los Angeles — pour visiter les sites olympiques, rencontrer les acteurs qui comptent sur place et avancer concrètement la préparation de France Judo — avec, en tête, ma responsabilité au sein de la Commission olympique : ce que j'ai vu vaut pour toutes les fédérations.

Diplomatie — San Francisco

Valérie Brisset — Consule générale de France à San Francisco

Rencontrée en amont de l'étape de Los Angeles. Prête à mobiliser la communauté française autour d'événements pré et post-Jeux.

Réseau économique — San Francisco

Anne-Emmanuelle de Boysson — Directrice Exécutive, Chambre de commerce franco-américaine SF – LA

Rencontrée à San Francisco, avec la Consule générale. Réseau des entreprises françaises de la côte Ouest — le CNOSF en est membre.

Diplomatie — Los Angeles

Adrien Frier — Consul général de France à Los Angeles

Appui institutionnel local, géographie stratégique des Jeux, mobilisation de la communauté française.

Village olympique

Site UCLA — avec Hermine Lefebvre, bénévole française installée à UCLA

Conditions de vie des athlètes, accès, positionnement sur les axes routiers.

Club France

Annenberg Community Beach House (Santa Monica) — avec Nan Friedman, Manager du site

Visite organisée sur la recommandation d'Arnaud Courtier. Vitrine de la France pendant les Jeux, potentiel événementiel et partenarial.

Entraînement

Dojo Meraki (Santa Monica) — avec son propriétaire Jason Hunter

Lieu de préparation de l'Équipe de France de judo.

Performance

Red Bull Athlete Performance Center

Référence mondiale de la performance — ce que le privé met au service des athlètes sur le sol américain.

02Ce que j'ai vu

Une ville à l'échelle hors norme — et qui se gagne à la voiture

Los Angeles est immense. Le métro existe mais ne couvrira pas les besoins réels d'une délégation : tout repose sur la route — et hors des voies olympiques dédiées, les temps de trajet explosent aux heures de pointe.

20 min → 90 minle même trajet, hors voies olympiques, aux heures de pointe

La conséquence est simple : la performance logistique conditionnera la performance sportive. Chaque choix d'implantation doit être pensé en temps de trajet réel, pas en kilomètres.

Le triangle stratégique

Pour une majorité des sports — pas tous, certains sites de compétition étant situés hors de ce périmètre —, trois pôles structurent les Jeux côté français : Santa Monica (Club France, lieux d'entraînement), UCLA (village olympique, bien positionné sur les deux grands axes routiers), Downtown / Convention Center (sites de compétition). La plupart des dispositifs fédéraux devront s'organiser dans ce triangle — et arbitrer finement la localisation des staffs non accrédités et des familles, pour lesquels les capacités d'hébergement seront sous tension.

Le triangle stratégique français (majorité des sports) — Los Angeles 2028

OCÉAN PACIFIQUE ENTRAÎNEMENT ↔ VILLAGE VOIES OLYMPIQUES · 2 AXES DÉPART COMPÉTITION : DEPUIS LE VILLAGE SANTA MONICA Club France · Dojo Meraki UCLA Village olympique DOWNTOWN Convention Center · Compétition

L'hébergement est le sujet n°1. Athlètes, entraîneurs, staffs, familles : chacun doit être au bon endroit, avec un accès simple aux sites. Contrairement à Paris, le billet d'avion et la distance changent toute la logique — d'invitation, d'accompagnement, de coûts. Les meilleures implantations partiront vite : ceux qui attendent paieront plus cher pour moins bien.

Le Club France à Santa Monica : un atout exceptionnel

Le site de l'Annenberg Community Beach House, en bord d'océan, est tout simplement exceptionnel. C'est l'un des plus beaux emplacements dont la France ait jamais disposé — et nous avons tout pour en faire le plus grand Club France de l'histoire. La Californie compte une communauté française nombreuse et un tissu dense d'entreprises françaises : un public naturel, des relais et des partenaires potentiels à portée de main. Il y a un vrai coup à jouer : rayonnement, hospitalité, attractivité. Mais un lieu de ce niveau ne tiendra pas ses promesses sans un modèle économique solide — j'y reviens plus bas.

La performance américaine comme étalon

La visite du Red Bull Athlete Performance Center rappelle une réalité : sur le sol américain, le standard de préparation est très élevé, largement porté par des acteurs privés. Nos athlètes seront en concurrence avec des délégations qui s'entraîneront dans des conditions exceptionnelles, à domicile. Notre niveau d'exigence logistique et matériel doit s'aligner sur ce standard.

Vigilance

La concurrence internationale est déjà là

Sur place, le constat est sans ambiguïté : d'autres délégations cherchent activement à préempter les meilleurs lieux d'entraînement — y compris ceux que nous avons identifiés — en proposant de payer plus cher. France Judo a sécurisé son dojo de préparation à Santa Monica et a déjà dû résister à des offres concurrentes étrangères sur ce même lieu. Toute fédération qui n'a pas verrouillé contractuellement ses sites d'entraînement et d'hébergement est exposée. À deux ans des Jeux, l'attentisme a un coût direct et croissant.

03Ce qui m'étonne

Un repérage construit par nos propres moyens — et la preuve qu'on peut faire mieux, ensemble

Je le dis simplement, parce que c'est l'objet même d'un rapport d'étonnement : j'ai construit ce déplacement par mes propres moyens — programme, contacts, visites de sites. Ce n'est pas un reproche, c'est un constat de potentiel : tout ce dont les fédérations ont besoin existe déjà sur place — il ne demande qu'à être structuré.

De l'aide existe pour qui sait la demander : le Consul général et Nan Friedman m'ont été recommandés par Arnaud Courtier, à ma demande. Le Consul s'est révélé un appui remarquable, précis et opérationnel. Et des forces vives sont déjà à l'œuvre : Hermine Lefebvre, installée à UCLA, a déjà accompagné deux fédérations dans leurs repérages — le volley et le judo. Elle connaît la ville, le sport et les enjeux de préparation d'un tel événement.

Mais tout cela repose aujourd'hui sur la démarche individuelle et le carnet d'adresses : il n'existe pas d'intermédiaire identifié capable de faire le relais et la mise en relation directement. C'est là que nos structures — CNOSF, ANS — peuvent faire mieux : accompagnement des repérages, recherche de sites potentiels, mise à disposition de contacts et de bénévoles. Ces ressources existent et ont fait leurs preuves ; ce qui manque, c'est le dispositif collectif qui les met au service de toutes les fédérations. C'est une opportunité bien plus qu'un manque — et c'est maintenant qu'elle se saisit.

Des sujets transverses qui n'attendent pas

Visas

ils seront délivrés par l'ambassade des États-Unis à Paris, avec un dispositif accéléré attendu pour les délégations officielles — à enclencher environ six mois avant. Le vrai point dur : les athlètes qualifiés au dernier moment. Ce cas doit être anticipé dès maintenant, collectivement.

Transport aérien et fret

chaque fédération négociera-t-elle seule ses billets et son fret (matériel, équipements) ? Un partenariat avec Air France — ou une compagnie équivalente — négocié au niveau du CNOSF faciliterait la logistique et permettrait de maîtriser les coûts, avec un effet de levier évident pour l'ensemble des fédérations. Certaines explorent déjà des solutions (fret maritime) : il faut agréger.

Billetterie et hospitalité · vigilance sur les prix

la logique de Paris ne se transpose pas. La distance réduit mécaniquement les volumes d'invitations et renchérit chaque place. Les packages hospitalité « on location » sont très chers — et le public américain a l'habitude de payer ces montants pour l'événement sportif premium (une place pour une grande affiche NBA peut dépasser 8 000 €) : il s'est déjà positionné sur les places. Les arbitrages (billets secs vs packages) doivent être éclairés et pris tôt — et il faut diffuser l'information à nos adhérents dès maintenant pour mobiliser les Français à se déplacer et à réserver leurs places.

Communauté française locale

le Consulat propose de recenser les besoins des fédérations (conciergerie, transport, catering, sécurité privée accréditée en Californie) pour les mettre en face des ressources de la communauté française de Los Angeles. C'est une offre concrète, déjà testée par une fédération — elle mérite d'être systématisée. Et il faut voir plus loin que la logistique : cette communauté doit être mobilisée dans la préparation, mais aussi pendant les Jeux — accueil, bénévolat, soutien dans les tribunes, animation du Club France. À 9 000 km de la maison, c'est elle qui donnera aux athlètes le sentiment de jouer à domicile. Le réseau diplomatique est lui-même demandeur : la Consule générale à San Francisco, Valérie Brisset, rencontrée en amont de mon étape à Los Angeles, est prête à mobiliser la communauté française du Nord de la Californie si nous jouons le jeu — notamment à travers des événements pré et post-Jeux. Et à Los Angeles, le Consul général, formé au management du sport, fait des Jeux un axe fort de son mandat et s'y investit personnellement. Cette énergie diplomatique est une chance rare — répondons-y, elle démultipliera nos moyens.

Le réseau économique franco-américain · un levier déjà à notre main

rencontrée à San Francisco en même temps que la Consule générale, Anne-Emmanuelle de Boysson, Directrice Exécutive de la Chambre de commerce franco-américaine de San Francisco — qui pilote également celle de Los Angeles — complète ce dispositif institutionnel. L'enjeu est majeur : c'est dans le Nord de la Californie que se concentrent la communauté française la plus fortunée, les plus grandes entreprises françaises et les plus gros contributeurs potentiels. Le CNOSF est déjà membre de la Chambre — mais une adhésion ne vaut que si on la fait vivre. Le mouvement doit être double : communiquer nos besoins aux membres (hébergement, prestations, mécénat, hospitalité), pour qu'ils sachent où et comment contribuer ; et aider la Chambre à faire vivre les Jeux auprès de son réseau, en lui envoyant des contenus, des événements et des opportunités concrètes à relayer. Pas demain : aujourd'hui.

La présence de l'État : une continuité à organiser dès maintenant

Un point me semble d'une extrême importance, et il relève directement du Comité olympique : je propose que le CNOSF initie dès maintenant une démarche auprès du Président de la République — je me tiens naturellement disponible pour co-signer ou contribuer à cette démarche — pour que les hébergements de la représentation de l'État à Los Angeles soient réservés sans attendre. Les capacités hôtelières ne sont pas extensibles : ce qui n'est pas réservé maintenant n'existera plus dans dix-huit mois, ou à des conditions dégradées. Ce sujet ne se traite pas au dernier moment — il se prépare aujourd'hui.

Au-delà de la logistique, c'est un message aux athlètes. Ils sont très demandeurs de cette présence : savoir que le Président de la République sera là, que le monde politique les accompagne, que tout est prévu pour eux — cela compte dans la préparation mentale d'une équipe qui jouera loin de chez elle. Et ce message doit être au-dessus des alternances politiques : quel que soit le bord, quel que soit celui ou celle qui exercera la fonction en 2028, le sport français a besoin que la continuité de l'État soit organisée et visible. C'est précisément le rôle d'une institution comme la nôtre de la garantir — préserver les athlètes de ces incertitudes fait partie du job.

Cette exigence rejoint pleinement la concertation que le CNOSF vient d'initier en vue de l'élection présidentielle de 2027, à laquelle la Commission olympique apportera naturellement sa contribution : faire inscrire la réussite de LA28 — et la présence de l'État aux côtés des athlètes — parmi les engagements portés devant les candidats et leurs équipes de campagne. Les deux démarches se complètent : l'une sécurise le présent auprès du Président en exercice, l'autre garantit la continuité au-delà de 2027.

Le nerf de la guerre : nous ne sommes pas prêts commercialement

C'est mon étonnement principal, et je le formule en chef d'entreprise. Face à un site comme l'Annenberg et à l'opportunité d'image que représentent ces Jeux pour la France, notre dispositif de levée de fonds et de sponsoring n'est pas au niveau de l'enjeu. Nous n'avons pas, aujourd'hui, les bonnes ressources en place sur le marché américain — un marché où le mécénat sportif et l'hospitalité d'entreprise se travaillent localement, dans la durée, avec des professionnels dédiés. Le « charity » américain est de surcroît un monde très régulé : la levée de fonds y obéit à des règles strictes qui exigent de vrais spécialistes. Le réseau diplomatique joue pleinement son rôle — ouvrir des portes, mobiliser la communauté, mettre en relation — et il le fait remarquablement. La levée de fonds, elle, relève d'un autre métier : c'est en dotant le dispositif de spécialistes dédiés, aux côtés du réseau diplomatique, que chacun pourra donner sa pleine mesure.

Ma conviction : il faut investir maintenant — recruter ou mandater sur place des ressources qui connaissent réellement le marché américain, ses codes, ses réseaux et ses pratiques de mécénat, et qui pourront accompagner les fédérations et le Club France dans la durée : levée de fonds, mécénat américain, tickets partenaires, hospitalité. C'est cette connaissance du terrain qui fait la différence — pas un dispositif piloté depuis Paris. Et plutôt que de raisonner uniquement en réduction de coûts : un lieu exceptionnel sans moteur commercial devient une charge ; avec le bon dispositif, il devient un actif.

04Recommandations
1

Créer un point d'entrée unique « repérage LA28 » au sein du CNOSF pour les fédérations : programme type, contacts qualifiés, retours d'expérience mutualisés — en s'appuyant sur les forces vives déjà actives sur place.

Été 2026
2

Cartographier et sécuriser les lieux d'entraînement fédération par fédération, avec engagement contractuel — avant que la concurrence internationale ne préempte les meilleurs sites.

Immédiat
3

Initier une démarche du CNOSF auprès du Président de la République pour réserver dès maintenant les hébergements de la représentation de l'État, et organiser la continuité de la présence politique aux côtés des athlètes — au-delà des échéances électorales. En parallèle, inscrire LA28 dans la contribution de la Commission olympique à la concertation présidentielle 2027 initiée par le CNOSF.

Immédiat
4

Doter le Club France d'une capacité commerciale dédiée sur place — des profils qui connaissent le marché américain et peuvent accompagner dans la durée (levée de fonds, mécénat US, hospitalité) — pour transformer un lieu exceptionnel en réussite économique.

S2 2026
5

Négocier des accords-cadres collectifs : partenariat transport aérien (Air France ou équivalent), fret, hébergement des staffs et familles — au niveau CNOSF, pas fédération par fédération, pour faciliter la logistique et maîtriser les coûts.

S2 2026 — S1 2027
6

Anticiper la procédure visas, avec un protocole spécifique pour les qualifications tardives.

2027
7

Mobiliser la communauté française et le réseau économique — recensement des besoins avec les Consulats, dans la préparation comme pendant les Jeux ; et activer l'adhésion du CNOSF à la Chambre de commerce franco-américaine (SF–LA) : communiquer dès maintenant nos besoins à ses membres et l'aider à faire vivre les Jeux auprès de son réseau.

Immédiat

En synthèse

La réussite ne se décrète pas :
elle se prépare.

Los Angeles est une opportunité magnifique pour le sport français — je partage l'enthousiasme. Ce que j'ai vu sur le terrain m'amène à un mot d'ordre simple : vigilance et vitesse d'exécution. Les meilleures positions — lieux, hébergements, partenaires — se prennent maintenant. France Judo a fait ce travail et met volontiers son retour d'expérience au service du collectif.

Stéphane Nomis

Co-président de la Commission olympique LA28
Président de France Judo — Membre du Conseil d'administration du CNOSF